Château de Blosset

L'actuel château de Blosset est élevé sur l'emplacement du siège de l'antique seigneurie de Bourdeille mentionnée pour la première fois en 1398. Dès cette époque, il semble que le site ait été occupé par une maison forte qui, stratégiquement, contrôlait la route royale de Bourges à Paris via Orléans tout en étant judicieusement positionnée à la frontière des importants fiefs qu'étaient alors Vierzon et Mehun-sur-Yèvre.

Dès 1631, la seigneurie est entrée dans le patrimoine de la famille Fradet de Saint-Aout appartenant au proche entourage des princes de Condé. En remerciement de son dévouement à sa cause, l'un d'entre eux, Jean Fradet, lieutenant de la grosse Tour de Bourges se verra élevé par Henri II de Condé au rang de Baron de Bourdeille. Son fils Louis-Armand accédera pour sa part à la prestigieuse charge de Lieutenant Général du Berry avant de succomber en 1675 durant les guerres de Hollande.

La marquise de Sévigné écrira dans le savoureux style épistolaire qui a fait la célébrité de sa correspondance à propos de cette disparition « Monsieur de Saint-Aout allant reconnaître le mouvement des ennemis avec trente maîtres en rencontre deux cents, ils les prirent pour les nôtres et s'avança trop. Ses gens l'abandonnèrent. On lui demanda s'il voulait quartier, il dit que non, cela est bien imprudent. Ils l'ont tué et rendu sa sœur et son vilain mari les gens les plus riches de France ».

Un courrier ultérieur achèvera cette singulière épitaphe par ces mots : « Il fut tué follement car il ne voulut jamais de quartier quoiqu'il fût seul contre deux cents. C'est une belle chance. Tout le monde se moque de lui quoique Voiture nous ait appris que c'est très mal de se moquer des trépassés ».

En 1739, la terre de Bourdeille est acquise par Gabrielle Claude de Champagneux, la fille unique de François Berger, L'un des plus grand mécène de son temps, et l'épouse d'un Trésorier Receveur Général des Finances dont l'impéritie était notoire. Pour mettre sa famille à l'abri d'une ruine annoncée, Madame de Champagneux se consacre alors à la mise en valeur de la baronnie avant de la transmettre à sa fille et à l'époux de cette dernière, Paul de Blosset. C'est à derniers que nous devons ce qu'est le château aujourd'hui.

Jusqu'alors, il s'agissait d'un grand manoir en U, marqué par son origine féodale, entouré de douves en eau, cantonné de quatre tournelles et assailli d'un ensemble de bâtiments rustiques et disparates formant, au Sud et à l'Est, la basse cour.

Une première campagne d’embellissement était certes bien intervenue entre 1660 et 1720, mais c'est à l'actif de Paul de Blosset, successivement ministre plénipotentiaire de Louis XV à Londres (où il succèdera au Chevalier d'Eon) puis ambassadeur au Danemark et au Portugal, qu'il faut mettre l'essentiel de la modernisation radicale que connut alors le château.

Gabrielle Claude de Champagneux

C'est en effet ce dernier qui, sur les plans de l'architecte du Roi de Danemark Joseph Christian Zuber (1736-1802), entreprit vers 1771 une complète mise au goût du jour de la vieille demeure par la création, après comblement des douves, d'un ensemble de façades et de pavillons avancés typiques du XVIIIe siècle. Les abords eux-mêmes furent profondément remaniés puisque non seulement tous les communs de la basse cour devaient être rasés et reconstruits symétriquement pour monumentaliser l'entrée de l'avenue d'accès mais que, encore, le cours du Barangeon fut canalisé afin de créer en terrasse de vastes jardins à la Française.

Cette œuvre, presque sans équivalent en Sologne, fut couronnée lorsque la baronnie de Bourdeille qui était maintenant constituée de près de 5 000 hectares fut érigée en marquisat de Blosset par Louis XV.

Si le domaine n'eut guère à souffrir de la révolution et qu'au début du XIXe siècle le préfet Barral pouvait encore écrire que le Blosset était « la plus belle propriété du département du Cher », les décennies qui suivirent virent un réel déclin du site. Après une reprise en main opérée à la Restauration par le petit neveu de Paul de Blosset, le Comte Philibert d'Estut d'Assay, l'ancien Marquisat fut démembré et le château vendu séparément en 1843 à la Comtesse de Villemotte à laquelle on doit ainsi qu'à son époux, outre la création de nombreuses œuvres d'enseignement et de bienfaisance, la plupart des infrastructures actuelles du village (église, mairie, etc.).

Transformé en hôpital militaire pendant la guerre de 1870, le Blosset accueillit ensuite dans les années 1900 une usine pharmaceutique avant d'être amputé dans le courant du siècle dernier de la plus grande partie de son parc et de son aile des communs ainsi que de sa chapelle.Ce triste destin aurait pu s'achever définitivement avec l'incendie accidentel qui en 1997 a ravagé la quasi totalité du bâti. Cependant, depuis maintenant plus de dix ans, ses propriétaires ont entrepris une restauration de grande ampleur tendant à la restitution du château et de son parc tels qu'ils étaient au XVIIIe siècle.

Il a été inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des monuments historiques le 19 décembre 1995, et tout spécialement la place de la basse-cour, la chaussée la reliant à l'entrée au château, les deux ponts, l'enclos du château et les façades et toitures restantes du château.